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michelpetitarchitecte > actualités > Centre Intégré pour Personnes Agées
Des limites en architecture.
Le processus de création architectural est, par son essence, complexe et passionnant car il définit les relations fondamentales qui régissent le projet architectural. Cette réflexion-ci propose de mettre l’accent sur un des rouages du processus de création par le biais de l’analyse du traitement des différentes limites rencontrées, qu’elles soient physiques comme les façades ou immatérielles comme les alternatives de projet envisagées. L’objet présenté par l’agence michelpetitarchitecte cherche à visualiser ces limites qu’elles soient tangibles ou non et à représenter leur influence sur l’objet final à construire, le « Centre Intégré pour Personnes Agées“ à Belvaux, au Grand-Duché de Luxembourg.
En général la mise en évidence du rapport entre volumes pleins et espaces vides révèle les qualités fondamentales de la composition architecturale d’un projet. Ces relations essentielles sont représentées sur la face supérieure de cette maquette par le stratagème de la vision inversée, c'est-à-dire par une représentation des espaces extérieurs comme volumes pleins et une mise en évidence quasi mathématique des volumes bâtis comme vides. Les qualités urbanistiques de l’espace public ou les contraintes réglementaires prennent corps et l’interstice qui peut être occupé par le bâtiment apparaît distinctement comme vide à structurer.
La lecture des évidements dans l’espace devenu masse renvoie le spectateur autant à la perception des limites spatiales qu’aux causes qui ont déterminé le processus de déformation de celles-ci. La maquette réduit la façade à une surface abstraite tendue telle une mince membrane entre le vide des volumes bâtis et le plein des espaces publics. L’enveloppe, un des éléments essentiels de la composition, devient un sujet à part interprété par une sculpture en minces feuilles de bois montées sur de fragiles supports métalliques.
À cette ambivalence entre concret et abstraction, présence et absence s’ajoute la couche cognitive des projets alternatifs fixés au dos du plateau supérieur. Le miroir du plateau inférieur renvoie en fonction de la position du spectateur une représentation fragmentaire des alternatives envisagées. Ces projets potentiels à échelle réduite ont perdu leur utilité aujourd’hui car ils ne remplissent plus leur rôle dans le processus de décision. Les orientations nécessaires à l’articulation du projet architectural ont été prises et le miroir ne renvoie plus que l’image inversée d’une réalité écartée. Si l’architecture est construction concrète, elle est aussi processus de création. Ainsi les limites primordiales en architecture sont physiques, mais l’influence des limites décisionnelles franchies au cours du processus de création laisse des traces indélébiles au niveau de la qualité du produit final.
La multiplicité des lectures de cet objet en bois révèle le processus de création de l’enveloppe et les logiques internes et externes qui ont déterminé la membrane extérieure couvrant les volumes (organes) intérieurs du bâtiment. L’acte architectural requiert la création d’un équilibre rassemblant une multiplicité de facettes mises en réseau, au-delà des simples exigences fonctionnelles et économiques par exemple. Par un effet d’inversion de la réalité apparente on devine certaines contraintes qui ont conditionné la solution définitive et la présence des projets alternatifs juxtaposés visualise le temps du processus créateur.
Le projet d’une maison pour personnes âgées impose à l’architecte la responsabilité de créer un havre de paix aux qualités équilibrées évitant toute provocation. Ses qualités architecturales apparentes doivent le situer dans le tissu urbain, mais ses qualités intérieures doivent permettre aux utilisateurs de construire une relation intime avec leur nouveau chez-soi. Pour répondre à des exigences essentielles de la vie sociale, l’intérieur offre des espaces privés et publics qui à travers la membrane de la façade sont mis en relation avec les espaces extérieurs. L’intersection entre privé et public ne se situe pas uniquement dans la façade de l’immeuble mais aussi dans le dédale des relations sociales internes et externes des pensionnaires de cette maison pour personnes âgées.
La conception du projet architectural est un processus ouvert jusqu’à la définition définitive du bâtiment à construire. Ensuite les questions d’architecture sont reléguées à l’arrière plan et le destin de l’immeuble est déterminé par les aléas de la vie sociale. Les limites de la vie du bâtiment sont alors nouvellement dessinées par une multitude d’acteurs qui parfois se réfèrent aux éléments de base mis en place par le maître de l’ouvrage et son architecte lors du processus de conception.
Michel Petit, architecte